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« Populaire, Frédéric Dard ? »

Mardi 14 décembre, Dominique Lagorgette, professeure en Sciences du langage à l’Université Savoie-Mont-Blanc et Albert Ben Loulou, éditeur passionné et ami de l’écrivain ont échangé autour de l’œuvre de Frédéric Dard et de son personnage emblématique appelé San-Antonio. Une mine d’informations pour les fans et pour ceux qui (re)découvrent cet auteur ultra-pop’ !

Frédéric Dard (né en 1921) se plaisait à raconter qu’ayant passé son enfance au-dessus d’un bureau de poste dans le petit village de Saint-Chef en Isère, il était prédestiné aux lettres (ou aux Lettres ? Le choix de la minuscule ou de la majuscule reste à discuter…)

Dard invente le commissaire San-Antonio en 1949. Ses aventures (plus de 170 livres!) vont se poursuivre pendant un demi-siècle. Les textes alternent les propos triviaux et un style soutenu. Dard mélange sans aucune hiérarchie: archaïsme, néologisme, argot et langage épuré. La gaudriole cohabite avec la mélancolie la plus noire. Le carnavalesque et le grandiloquent se parent parfois d’accents chevaleresques. Sous couvert de misanthropie apparente se cache un immense amour de l’humanité chez Frédéric Dard.

« San-Antonio : c’est un pot au feu ! »

« Plus ça choque, plus on y pense : San-Antonio est aussi un passeur de références » : Rabelais, Hugo et Céline…

Très vite c’est le succès ! À la fin des années 1960, c’est 550 000 exemplaires qui sont vendus dans le monde. Pour les romans de San-Antonio, il s’agit bien de 4 rééditions par an ! Qui dit mieux !

Frédéric Dard est-il un auteur pop’ malgré ou à cause de ses gros tirages? Inclassable, le créateur de San-Antonio alias San-A ou S.-A. a toujours été à la marge de la critique littéraire, car il était perçu comme ayant mauvais genre ! L’intelligentsia littéraire lui jalousait ses ventes autant que ses réparties mordantes. « Je me demande même si on ne lit pas San-Antonio pour se reposer d’avoir lu Mauriac quelquefois. » affirmait-il en interview !

La dimension populaire est toujours affaire de jugement, de réception du public d’une part et de la critique de l’autre. Il s’agit toujours d’un avis. Alors « (toujours) Populaire, Frédéric Dard ? » Qu’en pensez-vous ?

En tout cas la renommée de S.-A. nargue toujours bon nombre de ses contemporains, auteurs au pédigrée (prétendument) plus racé (Mauriac en tête). Pour Albert Ben Loulou (et Dominique Lagorgette qui salua la formule) : Frédéric Dard est « pop, populaire, popu à la fois, et grand seigneur, certains appellent ça la classe ! »

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